Jonas Dhaenens, CEO de Combell, partage sa soif permanente de défis

À onze ans, Jonas Dhaenens jonglait déjà avec les notions de rentabilité et d’organisation, là où d’autres se contentaient de remplir des cartables. Cette précocité s’explique en partie par le contexte familial : des parents à leur compte, une ambiance où l’économie et la finance tenaient le haut du pavé. Pas de place pour la distraction ou l’oisiveté : l’avenir se construisait dès le plus jeune âge, à coups de projets concrets et de curiosité insatiable. Jonas n’avait rien d’un adolescent exubérant ; il avançait avec un cap précis, prêt à délaisser les loisirs pour des objectifs bien définis.

Un adolescent jugé sage, mais qui a tracé une trajectoire hors-norme.

Les réalisations, Jonas les attribue rarement à sa seule personne. Il insiste sur la dynamique collective qui a permis à Combell de franchir des étapes ambitieuses. Une aventure de longue haleine, menée avec une équipe soudée, où l’effort partagé prime sur la reconnaissance individuelle. Cette cohésion, il la considère comme le socle de leur progression : avancer ensemble, tout en gardant un œil lucide sur les défis qui pointent à l’horizon.

Comment transmettre cette énergie à l’équipe ?

Pour Jonas, tout commence par la reconnaissance du travail accompli. Chez Combell, pas de hiérarchie pesante ni de titres ronflants : chacun est acteur du projet, pas simple spectateur. Il privilégie l’engagement des collaborateurs, leur développement personnel et professionnel, tout en encourageant la prise d’initiative. Respecter l’individualité, soutenir ceux qui investissent du temps et des efforts pour faire grandir l’entreprise : voilà le moteur qui fait avancer la maison.

À 18 ans, tu lançais déjà ton entreprise. Comment cela a-t-il été perçu autour de toi ?

En réalité, Jonas a démarré à seize ans, même si l’administratif restait un casse-tête à cet âge. Il s’appuyait sur la structure familiale pour facturer, une solution pragmatique qui a permis de franchir les premiers obstacles. Dans son entourage, cette démarche entrepreneuriale n’a surpris personne. Fils d’entrepreneurs, il baignait dans une culture où l’initiative était valorisée. Lorsque l’heure du choix entre études et business s’est présentée, ses parents ont soutenu sa décision de se consacrer à Combell, convaincus qu’il trouverait davantage de sens dans l’action que sur les bancs d’une école.

D’où vient l’idée de fonder une société d’hébergement web ?

Au tournant des années 2000, le secteur de l’hébergement était loin d’être mature. Les démarches étaient fastidieuses : pour réserver un nom de domaine, il fallait passer par la poste et patienter. L’étincelle est venue d’un besoin concret : mettre en ligne le site de la boutique familiale. Face à la complexité du processus, Jonas identifie une faille de marché. Il décide alors de simplifier l’accès aux noms de domaine pour les PME. C’est ainsi que Combell a vu le jour, avec la volonté de rendre l’hébergement accessible, simple et rapide.

Revenons sur les débuts : quelles leçons retient-on des premières années ?

Rester focalisé sur l’essentiel s’est imposé comme une règle. Les sollicitations pour diversifier l’offre n’ont pas manqué, notamment sur la création de sites web, mais Jonas a choisi de se concentrer sur son cœur de métier. Cette spécialisation lui a permis de devenir une référence dans sa niche, au point que les agences de design web sont aujourd’hui parmi ses clients. Un choix stratégique : mieux vaut être incontournable sur un segment précis que dispersé sur plusieurs fronts.

Qu’est-ce qui fait ta force en tant qu’entrepreneur ?

Jonas évoque spontanément son enthousiasme, un trait qu’il cherche à insuffler à ceux qui l’entourent. Cette énergie entraîne collaborateurs et partenaires dans l’aventure Combell, leur donne envie de s’impliquer et de partager une vision commune. À cela s’ajoute une solide maîtrise des enjeux financiers, sans oublier le respect pour chaque membre de l’équipe. Loin des modèles hiérarchiques classiques, il préfère l’échange et la confiance.

Quel défi personnel a-t-il fallu dompter pour avancer ?

La tentation de tout contrôler a longtemps été présente. S’impliquer dans chaque détail, vouloir tout superviser : une posture difficilement tenable à mesure que l’entreprise grandit. Jonas a appris à déléguer, à faire confiance, même si l’instinct de contrôle reste parfois vif. Accepter de lâcher prise, c’est aussi reconnaître que la croissance passe par l’autonomie des autres.

Dans un contexte où les diplômes sont souvent mis en avant, quelle est leur place selon toi ?

Jonas considère l’école comme une étape pour acquérir des bases, mais c’est au sein de l’entreprise que se forgent les vraies compétences. Si la compréhension de l’économie reste utile, l’ouverture d’esprit, la curiosité et l’aptitude à apprendre sur le terrain pèsent souvent plus lourd dans la balance. Chez Combell, le feeling et la motivation priment lors des recrutements. Un candidat enthousiaste, prêt à explorer de nouvelles idées, trouvera plus facilement sa place qu’un profil bardé de diplômes mais fermé à l’innovation. Jonas préfère miser sur l’envie d’apprendre plutôt que sur le prestige académique.

Depuis 2015, Combell multiplie les acquisitions dans le secteur, comme celle de Nucleus. Quelle logique guide ces choix ?

Le marché de l’hébergement évolue rapidement : il faut savoir s’adapter ou risquer de perdre du terrain. Jonas a opté pour une stratégie de croissance externe, intégrant de nouvelles sociétés pour élargir l’offre et renforcer la position de Combell. Cette démarche vise à rester en phase avec les attentes des clients, tout en continuant à innover.

Avec l’acquisition de Switchplus, Combell s’installe en Suisse. Un plan pour conquérir l’Europe ?

La stratégie s’est construite par étapes. D’abord, consolider le marché belge. Ensuite, cibler les petits pays européens où la concurrence reste morcelée. Le choix de la Suisse ne tient pas du hasard : ce marché partage des similitudes avec la Belgique, que ce soit par la taille ou la diversité linguistique. Après le Benelux et la Scandinavie, Combell vise désormais la Suède, la Norvège et les Pays-Bas, territoires encore très fragmentés où la croissance reste accessible. Ce développement s’inscrit dans une logique de proximité, d’adaptation, et de recherche de marchés à la fois dynamiques et ouverts à l’innovation.

Quels repères donner à celles et ceux qui se lancent aujourd’hui ?

Jonas invite les entrepreneurs à s’accrocher à leur plan, mais à rester lucides sur la réalité du terrain. Si une stratégie ne fonctionne pas, il faut être capable de pivoter rapidement. L’entreprise doit rester rationnelle, guidée par l’analyse et la capacité à générer des profits. Il rappelle aussi l’importance de se demander si la structure peut bénéficier d’économies d’échelle, et de ne pas hésiter à changer de cap si la réponse est négative.

Pour ceux qui passent à la vitesse supérieure, l’organisation interne devient un levier décisif. Tenir ses comptes à jour, assurer une gestion irréprochable : autant de points qui facilitent les démarches avec les banques ou les partenaires. C’est aussi à ce moment-là que l’équipe s’agrandit, avec l’arrivée de spécialistes capables d’apporter une expertise nouvelle. Selon Jonas, c’est ce mélange d’enthousiasme, de rigueur et d’ouverture qui alimente la croissance durable d’une entreprise.

Au final, le parcours de Jonas Dhaenens n’est pas celui d’un prodige isolé, mais d’un bâtisseur qui mise sur la force collective et la remise en question permanente. Une trajectoire qui prouve que l’envie de faire bouger les lignes, quand elle s’accompagne de pragmatisme et d’écoute, peut transformer les idées en succès bien réels. Reste à savoir qui, parmi les jeunes entrepreneurs d’aujourd’hui, osera bousculer les codes avec autant de détermination.

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